Jean-Paul II - 20 septembre 1996

Accueil du Saint-Père l’après-midi
par Mgr GOURVÈS Evêque de Vannes

Très Saint-Père,
Nous sommes heureux de vous accueillir au début de cette célébration.
Merci d’avoir accepté de rencontrer les jeunes familles venues de l’Ouest et même de toute la France.
La famille a toujours occupé une place de choix dans votre enseignement... Source de la vie humaine et lieu par excellence de toute éducation, elle est aussi tout ensemble berceau de la Foi et ”Eglise domestique”. Nous avons prêté une grande attention à la lettre que vous avez adressée aux familles voici deux ans.
Pasteurs de l’Eglise, la famille est pour nous-mêmes l’objet d’une attention pastorale toute particulière. Nous connaissons les difficultés de tous ordres auxquelles sont confrontées les familles, et qui affectent particulièrement la transmission de la Foi chez les enfants et chez les jeunes.
C’est pour cela que nous avons invité les jeunes foyers à se rassembler autour de vous. Ils ont besoin d’être soutenus et aidés. Mais ils veulent aussi vous dire leur joie de croire et de vivre. En octobre 1978, vous proclamiez Place Saint-Pierre à Rome : ”Nayez pas peur !” Les jeunes d’alors qui ont entendu cet appel sont les parents d’aujourd’hui. Avec audace et confiance, ils se sont lancés dans l’aventure passionnante de la construction de familles qui entendent vivre dans la fidélité au Christ et à son Eglise.
Les témoignages qui seront donnés tout à l’heure et ceux qui vous seront remis à la fin de cette célébration en seront des exemples.
La famille est aussi une grâce propre de ce lieu de pèlerinage. Près de ce Mémorial, une statue géante en granit représente Sainte Anne apprenant à lire la Bible à sa fille, la Vierge Marie. Et Nicolazic, le voyant, a donné le témoignage d’un époux fidèle et d’un père exemplaire.
Que l’intercession de Sainte Anne, de la Vierge Marie et de Saint Joseph accompagne notre prière et notre réflexion !


• Rencontre avec les familles

Introduction par le Saint-Père

Chères familles,
Je suis heureux, en cet instant, de pouvoir exprimer avec vous ma joie de croire en Jésus.
Vous voulez également profiter de ce pèlerinage pour dire votre joie de vivre l’Evangile en famille.
Ensemble, en suivant l’exemple d’Yves Nicolazic, le voyant de Sainte Anne, et de Guillemette, son épouse, nous allons nous mettre à l’écoute du Christ Sauveur.
Sainte Anne et Saint Joachim, Saint Joseph et la Vierge Marie ont été fidèles à leur vocation d’époux et de parents. Qu’ils veillent sur vos familles et vous aident à témoigner du Christ dans le monde.

Oraison

Prions le Seigneur.
Dieu qui es à l’origine de la famille et qui l’a voulue comme lieu de l’amour et de la vie, accorde à toutes les familles de la terre de ressembler à celle que tu as donnée à ton Fils, d’être unies comme elle par les liens de l’Esprit. Par Jésus-Christ ton Fils, notre Seigneur et notre Dieu, qui règne avec toi et le Saint-Esprit maintenant et pour les siècles des siècles.
Amen.


• TEMOIGNAGES

1. José et Chantal GRÉVIN

José
Nous avons quatre enfants de 23 à 16 ans. Je dirigeais jusqu’à l’année dernière un organisme que j’avais démarré et dont les résultats étaient très bons. Un jour, une lettre recommandée m’annonçait que j’étais licencié, en fait sans motif sérieux. J’ai ressenti très fortement cela comme une injustice qui me révoltait. Une phrase de saint Paul que nous avions cherché à vivre nous est revenue : “Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu”. Ce jour-là, nous voulions croire à l’amour de Dieu pour nous, Lui qui, du mal, peut faire sortir un bien, si nous aimons.
J’ai compris que je devais écarter tout désir d’attaquer à mon tour et que je devais défendre mes droits, oui, mais avec détachement, comme si je défendais quelqu’un d’autre. Les trois mois qui ont suivi ont été très durs.

Chantal
Dès le début, je sentais que la seule chose que je devais faire était de manifester à José mon amour de toutes les manières possibles, en mettant un bouquet de fleurs sur la table aussi bien qu’en suivant pas à pas ce qui se passait pour lui.
Un matin, j’ai vu que José perdait pied et qu’il pourrait tomber dans la dépression. J’ai éprouvé la peur que ce mal qui l’ébranlait nous démolisse tous. Pourquoi cette absurdité pour nous et pour notre famille ? Qui pouvait m’aider, sinon Jésus qui crie lui aussi sur la Croix : “Pourquoi, pourquoi m’as-tu abandonné ?” Avec lui, je voulais pouvoir dire aussi “Père, entre tes mains, je remets notre vie, celle de notre famille”. J’ai dit à José que j’étais prête à l’aimer encore plus quoi qu’il arrive. Pendant cette période, nous avons mieux réalisé combien Dieu était présent à nos côtés, par la grâce du sacrement du mariage.

José
Ce matin-là, en effet, en me réveillant, j’ai craqué. Je me sentais écrasé, anéanti. Comme Chantal, je voulais me remettre entre les mains de Dieu, mais j’étais incapable de le dire moi-même ; pourtant, parce que Chantal le disait pour moi, j’ai senti que j’étais sorti du gouffre. Je suis descendu prendre mon petit déjeuner et j’ai trouvé notre fils aîné qui était découragé dans ses recherches de stage. J’ai essayé d’entrer dans son problème et de trouver des solutions avec lui : je lui ai aussi dit simplement mon découragement et mon désir de croire envers et contre tout à l’amour de Dieu. Il a retrouvé courage, moi aussi. J’expérimentais une joie intérieure qui me faisait revivre.

Chantal
D’autres moments difficiles sont arrivés pendant l’année de chômage qui a suivi. L’inquiétude, la lassitude et le découragement risquaient de compromettre la confiance. Alors, chaque fois que je sentais poindre en moi l’un de ces sentiments, je chassais cette pensée et je cherchais qui j’allais aimer autour de moi. Chaque fois la paix est revenue.
Ce sont les personnes avec qui nous nous entraînions à vivre l’Évangile qui nous ont aidés à le vivre de cette manière. Nous avons pu ainsi percevoir la multitude de signes d’amour qui nous arrivaient à travers le sourire de l’un, le coup de fil de l’autre, le petit bouquet voisin.

José
J’avais la tentation de ne pas dire que j’étais au chômage, de cacher ma situation; mais tout devenait plus léger pour moi dès que je le partageais ; à mon tour, quand je découvrais un ami au chômage, j’essayais de lui passer une information ou tout simplement de prendre de ses nouvelles. Je constatais que c’était aussi pour lui un réconfort et moi ça me donnait une grande joie. Depuis, j’ai retrouvé du travail, mais je reste proche de ceux qui continuent à vivre cette terrible expérience du chômage.


2. Anne-Marie MONROUX

Dès mon enfance, j’ai eu un grand désir de mettre Jésus au cœur de ma vie et je le dois sûrement à ma famille. Maman me répétait souvent : “ce que tu fais, si tu le fais avec Jésus, tu seras heureuse”.
J’ai vécu de longues années partagées entre une vie professionnelle très active et une vie familiale consacrée à mon mari et à nos quatre enfants.
Jusqu’au jour où... tout a basculé... mon mari m’a annoncé qu’il me quittait pour partir vivre à l’étranger, me laissant seule avec les quatre enfants.
Ce fut une longue descente aux enfers avec le sentiment d’être totalement abandonnée. Se sentir désespérément seule, n’être plus rien pour personne, au point de ne plus désirer continuer à vivre. Et pourtant il fallait bien répondre aux sollicitations des enfants, pour eux, la vie continuait. Ils étaient la vie dans mes ténèbres. Mais quelle vie ? quelle famille ? quel sens à tout cela ?... “Si tu le fais avec Jésus, alors tu seras heureuse”.
Heureuse... comment cela serait-il encore possible ?... Cette petite phrase, je l’ai souvent répétée à contrecœur, puis petit à petit, elle est redevenue familière et elle a été comme une bouée dans mon naufrage. Je m’y suis accrochée, contre vents et marées les premiers temps, ne comprenant pas toujours très bien où cela me mènerait, mais dans la confiance... Inconsciemment, je comblais ma solitude par la présence de Dieu et je retrouvais la joie et la paix.
Seule à la maison pour élever mes enfants, peu à peu, j’ai pris l’habitude de m’appuyer sur Dieu chaque fois qu’une difficulté se présentait avec eux : elles n’ont pas manqué avec mes adolescents que l’absence paternelle faisait cruellement souffrir.
Je me suis rendu compte que Dieu m’éclairait dans les décisions que j’étais amenée à prendre (choix des orientations scolaires...) ou pour les conseils que je leur donnais.
Pendant cette période, j’ai été touchée par l’accueil et le soutien de familles amies. Cela a été capital pour les enfants qui ont pu partager auprès d’elles, à certains moments, la douceur d’une vie familiale harmonieuse. J’ai été aussi très aidée sur ma route par des mouvements d’Église, qui m’ont accueillie et aidée à faire le choix de la fidélité au sacrement du mariage.
Aujourd’hui, cheminant avec d’autres chrétiens, j’ai la joie de pouvoir soutenir bien des personnes dans ma situation en leur témoignant de l’amour de Dieu pour elles. Je lui rends grâce d’avoir été si proche dans mon épreuve et de m’avoir consolée et comblée de son Amour.


3. Guy et Brigitte RAGOT

Guy
Issus de famille chrétienne, nous sommes mariés depuis 19 ans et parents de quatre enfants de 18 à 8 ans. Dès le début de notre mariage, nous avons souhaité nous engager dans l’Église, mais, travaillant tous les deux, nous nous sentions limités par le temps.

Brigitte
Sensibilisés au problème du chômage et du partage du travail, nous avons été interpellés par le texte des évêques de France : “Pour de nouveaux modes de vie”. Nous nous sommes demandé : “et nous, que pouvons nous faire ? Quelle réponse pouvons nous apporter ?” Nous avons répondu concrètement à cet appel en décidant que je cesserais toute activité professionnelle pour un temps, ce qui me faisait perdre mon emploi.

Guy
Grâce au congé parental, à l’occasion de la naissance de notre troisième enfant, nous avons essayé de vivre sur un seul salaire. Nous avons appris à éliminer un peu de notre superflu et à reconsidérer notre budget. Et malgré les oppositions “as-tu pensé à la retraite ?”et toi, si tu perds ton emploi ?”, nous nous risquions à interrompre le travail de Brigitte.

Brigitte
Pour moi, devenir mère au foyer était un véritable choix. Mon temps était disponible, mais, d’une certaine manière, je restais “coincée” à la maison pour les plus petits. Aux yeux des autres, je donnais l’impression de tourner le dos à un certain épanouissement professionnel et social. Etre à la maison signifiait pour moi voir moins de monde, mais j’ai découvert une autre dimension dans mes rencontres en apprenant à écouter.
J’ai essayé de vivre ce temps au foyer dans la simplicité, au quotidien. J’ai constaté que nos enfants appréciaient beaucoup que je les accueille quand ils rentraient de l’école. En passant du temps avec eux, j’ai souhaité être attentive pour mieux comprendre leurs joies et leurs difficultés et les accompagner dans leur découverte de la foi.

Guy
En libérant du temps, nous nous sentions davantage disponibles pour essayer de vivre pleinement notre sacrement de mariage : cela a facilité le dialogue et la prière conjugale. Nous avons répondu à des appels autour de nous en nous engageant dans des mouvements de couples et de jeunes, réalisant ainsi notre désir de jeunes mariés d’être au service de l’Église.

Brigitte
Par ce choix de vie difficile que nous avons fait il y a quelques années, le Seigneur nous a comblés et nous avons appris l’importance de privilégier la construction de la personne plutôt que de “courir” après les biens matériels. Ainsi, la personne devient première ; et depuis que j’ai repris un travail, ce principe me guide aussi dans ma vie professionnelle.


4. François-Xavier et Marie-Odile BOULLAULT

François-Xavier
Nous sommes mariés depuis 15 ans et avons cinq enfants, de 14 à 2 ans.

Marie-Odile
Je suis mère au foyer et, avec mes cinq enfants, je dois être disponible et patiente ; il est important pour moi de m’arrêter chaque jour pour prier en présentant ma vie très concrètement à Dieu et en le remerciant pour tout ce qu’il nous donne. Ainsi, j’apprends à vivre par amour chacune des tâches ménagères que je dois accomplir, même quand elles sont répétitives. Dieu habitant ma journée, je la vis dans la paix.

François-Xavier
Nous sommes heureux d’avoir pu accueillir cinq enfants; chacun est unique à nos yeux ; aussi, ce qui nous tient à cœur pour notre vie de famille, c’est de prendre du temps gratuit avec chacun d’eux ; par exemple, une promenade ou un repas avec tel ou tel nous permet de mieux le connaître, et les enfants savent nous dire combien ils apprécient ce moment.

Marie-Odile
Pour vivre notre vie de couple et de famille, avec ses joies, ses difficultés et ses tensions, nous avons besoin de recevoir régulièrement les sacrements. Ainsi, depuis que nos aînées font librement la démarche du sacrement de la Réconciliation, nous essayons une fois par mois de le recevoir le même jour ; c’est un nouveau départ pour la vie entre nous et nous le fêtons par un repas amélioré, que nous appelons fête de famille.

François-Xavier
Dans notre vie familiale, mon travail occupe une place importante. J’aime mon métier de viticulteur, qui me met en contact avec la création; actuellement, je suis confronté à des difficultés économiques ; mais, grâce à la prière, je peux vivre les événements avec confiance et dans l’espérance, même si je me sens souvent impuissant. Cette confiance me donne aussi la force de faire mon travail sans céder au découragement. J’ai découvert l’importance de m’engager dans le milieu professionnel, de partager mes convictions, plutôt que de me replier sur moi-même.

Marie-Odile
A travers ce que nous vivons, nous avons compris que nous avions besoin de nous engager en Église et que nous étions appelés à témoigner de notre joie de croire et de vivre en famille sans attendre d’être parfaits; ainsi, nous travaillons avec d’autres couples à l’évangélisation des familles.


Évangile (Mt 5, 13-16)

Comme les disciples s’étaient rassemblés, autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : «Vous êtes le sel de la terre». Si le sel se dénature, comment reviendra-t-il du sel ?
Il n’est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent.
Vous êtes la lumière du monde.
Une ville située sur une montagne ne peut être cachée.
Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ;
On la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison ;
De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, en voyant ce que vous faites de bien,
ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.

 

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