Shrine of Sainte-Anne d'Auray

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Spirituality

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Homélie du 8 mai 2021

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Nous sommes le 5 août 1944, il y aura donc, en août, 75 ans. Les pères Allanic et Le Barh sont assassinés par les occupants allemands. A cette époque, la maison des religieuses « Sainte Marie », plus connue sous le nom du Juvénat, était un hôpital allemand. Le vendredi 4 au soir, Les abbés Allanic et Le Barh sont intervenus auprès des autorités allemandes de l'hôpital, avec une lettre du commandant FFI leur demandant de se rendre. Après une escarmouche autour de La Scala Sancta accompagnée d'une fusillade assez vive, un convoi évacue l'hôpital. Au petit matin, un second convoi arrive avec mission de sévir. Les personnes arrêtées sont regroupées à Sainte Marie. Les prisonniers sont alignés le long du mur longeant la route de Brec'h. Pendant ce temps, l'occupant tente d'incendier la basilique et le village. Les deux prêtres Allanic et Le Barh sont sortis du rang et fusillés. Louis Allanic était depuis des années conseiller municipal de Pluneret, prêtre en 1913, il passa tout le temps de son ministère à Sainte Anne, comme professeur et économe. Joseph Le Barh était le premier recteur de la paroisse.

 Même si nous n’avons pas connu ces terribles années d’occupation. Elles restent dans notre mémoire commune. Personnellement, je me rappelle mon grand père, qui avait fait Verdun, me raconter comment il avait vu sa ville de Lorient brûler en janvier février 1943. Comment ne pas être marqué et crier, à la manière du pape Paul VI à l’ONU : « Plus jamais la guerre ! Plus jamais la guerre ! ». Malheureusement, il suffit de nommer tant de pays au Moyen Orient, en Afrique et même en Europe de l’Est pour reconnaître que notre terre, notre Maison commune, est trop souvent touchée par la violence et la guerre… C’est bien pour cela que nous faisons, aujourd’hui, œuvre de mémoire en nous rappelant ceux qui ont lutté pour la liberté au prix de leur vie. Nous prions pour la paix dans la justice. Et au moment de célébrer cette eucharistie, nous invoquons le Prince de la Paix…

Alors que se profile les élections européennes faisons aujourd’hui œuvre de mémoire. 74 ans après la terrible guerre qui a opposé l’Allemagne et la France, qu’est devenu ce magnifique projet d’une Europe réconciliée, fraternelle et humaniste de Robert Schuman et Jean Monnet, avec Konrad Adenauer, Beyen, De Gasperi et bien d’autres ? Il y a eu de belles choses de réalisées comme Erasmus… Mais le chemin n’est pas fini. Il faut améliorer ce vivre ensemble. Oui la victoire de 1945 nous appelle à toujours nous dépasser… Comme disait le pape Paul VI à la tribune de l’ONU le 4 octobre 1965, en pleine guerre du Vietnam : « Plus jamais la guerre ». Et pour qu’il n’y ait plus jamais la guerre nous avons la responsabilité de construire la Paix… Oui l’anniversaire de la Victoire doit être celui d’une victoire de la Paix. Et l’Europe participe à cette construction. Oh certes le chemin est difficile, nous trouvons bien des obstacles sur le chemin. Nous pensons à ceux qui vivent encore dans de grandes pauvretés. Nous savons bien que la paix demande courage et force intérieure. Et combien nous pouvons être fiers de tous ceux qui s’y engagent. Je pense en particulier à nos armées qui poursuivent ce combat de la paix. Cette paix a pour nous goût de Fraternité… Et puisque je parlais d’élections… Comment ne pas nous redire que nous avons un défi à toujours relever de la Fraternité, dans l’apaisement et la réconciliation ? C’est, alors, ensemble que nous pourrons lutter contre toutes les pauvretés, du corps, du cœur et de l’esprit… Il y a le beau mot de solidarité qui pour nous chrétien rime avec charité… Oui nous avons à relever le défi d’un meilleur vivre ensemble. Un vivre ensemble ici d’abords dans nos communautés humaines. Je fais le souhait que notre pays en faisant œuvre de mémoire sache dépasser ses divisions pour vivre toujours mieux en paix, ensemble, dans le respect et la justice. C’est notre prière, aujourd’hui, par l’intercession de Ste Anne : Tes fils bretons morts pour la France, ont espéré, Sainte Anne, en toi ! Accorde-leur la récompense de leur amour et de leur foi.

Homélie du 24 mai 2021

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Dimanche de Pentecôte

Frères et sœurs, reconnaissons que globalement nous avons du mal avec l’Esprit Saint. Le Père, le Fils, c’est relativement simple… Mais l’Esprit Saint ? Or à la Pentecôte, nous célébrons le don de l’Esprit Saint aux apôtres et à toute l’Eglise… Il faudrait relire ensemble un certain nombre de textes de l’Ecriture proposés à la veillée de Pentecôte. En Genèse 11, 1-9, en évoquant la construction de la tour de Babel qui a pour conséquence la division entre les hommes, la Bible proclame que seul l’Esprit Saint est créateur et peut faire l’unité du Peuple de Dieu. Par là, la Genèse annonce déjà la Pentecôte où le même Souffle se répand sur les apôtres comme des langues de feu précise le livre des Actes des Apôtres. Le livre de Joël (3, 1-5a) annonce que dans les « derniers temps » l’Esprit viendra habiter en tout homme pour faire « de vos fils et de vos filles des prophètes ». Alors l’Esprit viendra au secours de notre faiblesse ajoute Paul dans la lettre aux Romains (8, 22-27). Et cet Esprit, promis par Jésus (Jean 7, 37-39), vient sur les disciples le jour de Pentecôte (Actes 2, 1-11). Désormais c’est bien cet Esprit Saint qui conduit l’Eglise précise Paul aux Galates (5, 16-25), qui la guide dans la vérité ajoute Jean (15,26… 16, 15)… Cet Esprit Créateur, ce Souffle de Dieu, vient habiter tout homme, et désormais ce feu de Dieu, au jour de Pentecôte devient communicatif. Les apôtres allument alors un feu qui ne s’éteindra pas, et, simples pécheurs de Galilée, désormais une force incroyable les habite et les envoie dans toutes les nations.

Alors oui, nous pouvons proclamer que c’est bien cet Esprit, cette Force de Dieu, qui nous habite, et qui conduit, qui guide l’Eglise. Cela ne l’empêche pas d’avoir du mal à suivre, de ne pas toujours prendre le chemin indiqué par l’Esprit. C’est pourquoi il nous faut invoquer l’Esprit Saint en demandant, symboliquement, ses sept dons. Depuis St Thomas, au 13e siècle, les voici (à chacun de se rappeler son catéchisme) :

Le don d’Intelligence, qui est don de compréhension des choses de la foi.

Le don de Conseil, qui est un don de discernement dans ma vie personnelle.

Le don de Sagesse, qui me rend réceptif à l’action de Dieu dans ma vie.

Le don de Connaissance afin de connaître les choses de Dieu

Le don de Piété pour une vie en accord avec l’Evangile pour mieux servir Dieu.

Le don de Force qui me donne de surmonter toutes les difficultés de la vie.

Le don de Crainte, face à Dieu qui m’aime, m’évite de retomber dans les erreurs du passé.

P. Gwenaël Maurey

Des portes s’ouvrent

Des portes s’ouvrent

Des hommes échappent à la peur

Des langues se délient

Des foules se rassemblent.

C’est la Pentecôte :

Pâques est confirmée, le Christ est Vie

Son esprit libère, anime, enflamme.

L’Eglise naît

Eglise de Pâques et de Pentecôte

Eglise de baptisés et de confirmés.

Voici que sonne l’heure de la Confirmation.

L’heure des Chrétiens libérés.

L’Eglise prend souffle pour faire respirer

L’air de Dieu dans un monde essoufflé.

L’Eglise renoue avec l’Esprit

Nos fils et nos filles deviennent prophètes

Dans un monde qui cherche sens à sa vie.

 

In « Fêtes et Saisons » n°427, 1988, p 3

Homélie du 16 mai 2021

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7e dimanche de Pâques

« Père, sanctifie-les dans la vérité ! ». Frères et sœurs, la liturgie entre les fêtes de l’Ascension et les fêtes de Pentecôte atteint une grande unanimité. Elle nous invite à nous associer à la prière de Jésus de nous envoyer l’Esprit de Pentecôte, l’Esprit de vérité. Frères et sœurs, faisons de ce temps qui nous est donné jusqu’à la Pentecôte un temps de prière, d’invocation à l’Esprit Saint. Du temps où St Vincent Ferrier prêchait à Vannes, en 1419, on avait parlé de cette époque comme « d’une nouvelle Pentecôte » pour Vannes. Prions pour que nous vivions, en ces jours, dans toute l’Eglise, dans notre assemblée comme une Nouvelle Pentecôte.

Nous ne cessons d’entendre en ces jours dans la liturgie Jésus nous dire : « Il est bon que je m’en aille… Mais rassurez-vous. Je vais vous envoyer l’Esprit de Dieu. Celui que le Père a promis. La Force d’en haut ». C’est pourquoi, entre Ascension et Pentecôte, nous ne cessons d’invoquer l’Esprit Saint : Veni Creator Spiritus : Viens Esprit Créateur. Oui, c’est vraiment le temps de la grande neuvaine d’invocation à l’Esprit de Pentecôte. Rappelons-nous que l’Eglise naît et vit de l’Esprit Saint. Elle est « spirituelle » (au sens étymologique du terme), elle est « spirituelle » ou elle n’est pas.

C’est le moment donc d’invoquer l’Esprit Saint sur chacun d’entre nous, mais aussi sur nos proches et sur toutes nos communautés paroissiales… Sur ceux qui, en ces jours, vont être confirmés ou ordonnés, et enfin sur toute l’Eglise… : Envoie ton Esprit sur ton Eglise rassemblée, ne cesserons-nous de chanter. Que l’Esprit de feu embrase toute l’Eglise, que nous vivions vraiment cette « nouvelle Pentecôte »… Alors que Jésus ressuscité montant auprès de son Père nous le promet, nous avons certainement à ré-approfondir notre foi en l’Esprit de Pentecôte : Il se révèle en Jésus, Il ne peut être séparé du Père et du Fils et cependant il a sa propre personnalité. Il n’a point de visage, et cependant il est partout présent. Il est impossible de mettre la main sur l’Esprit de Feu et cependant on entend sa voix. On ne sait ni d’où il vient ni où il va, et cependant on le reconnaît dans des signes éclatants. Il est dans la force des tempêtes, et cependant il est surtout présent dans la brise légère. Il échappe à toutes nos frontières, et cependant ses sept dons font vivre le croyant : don de sagesse (au sens du sage), don d’intelligence, don de conseil, don de force, don de connaissance, don d’affection filiale et enfin don de louange… oui les 7 dons, symboliquement 7, sont essentiellement ces multiples forces qui nous donnent de vivre le quotidien de notre vie chrétienne. Frères et sœurs, restons marqués de l’Esprit Saint le Don de Dieu. Qu’en ces jours nous retrouvions le Feu de notre Pentecôte personnelle, que nous retrouvions le feu de notre confirmation, (et pour nous, ministres ordonnés, le feu de notre ordination). Nous avons encore une semaine pour invoquer l’Esprit Saint sur le chemin de cette « Nouvelle Pentecôte » : « Viens Esprit de sainteté ! Viens Esprit de lumière ! Viens Esprit de feu ! Viens nous embraser ! » …

Dimanche 11 avril 2021

Homélie du deuxième dimanche de Pâques

« C'était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine... ». Frères et sœurs, j’aime bien ce 2e dimanche de Pâques, dimanche « In albis » (dimanche en blanc) où, dans les premiers siècles, les baptisés de la nuit de Pâques venaient dans le vêtement blanc de leur baptême pour l’Eucharistie dominicale, jour en quelque sorte de l’invention du dimanche chrétien, la Pâque hebdomadaire… Au matin de Pâques, le premier jour de la semaine, c'est-à-dire le Dimanche, Jésus ressuscité rencontre Marie de Magdala. Le soir de ce même jour, Jésus se tient au milieu des disciples, Thomas étant absent. Huit jours plus tard, c'est-à-dire le dimanche suivant, Jésus vient à nouveau au milieu de ses disciples… La liturgie de ce dimanche est, en soi, très riche. Alors je dois reconnaître que je n’ai pas très bien compris que Jean Paul II en fasse, aussi, le dimanche de la divine miséricorde, sous l’inspiration d’une religieuse polonaise Sœur Faustine. Et lorsque le pape François en a rajouté une couche en annonçant une année de la Miséricorde en 2016, j’ai mal réagit, puis je me suis interrogé sur mon malaise. Il est sans doute du, simplement, à cette réduction que l’on fait trop souvent de la miséricorde au sacrement de Réconciliation même si celui-là est central. La volonté du Pape François d’une année de la Miséricorde pour le 50e anniversaire du Concile Vatican II montre bien qu’il faut élargir notre vision de la Miséricorde. La Miséricorde est un thème cher au Pape. Le mot revient 31 fois dans son exhortation apostolique « la Joie de l’Evangile », son programme pastoral. Il explique son choix en disant qu’il avait souvent pensé à « comment l’Eglise pouvait rendre plus évidente sa mission d’être témoin de la miséricorde. C’est un chemin qui commence comme une conversion spirituelle. » D’où la place importante du Sacrement de Réconciliation, et il a invité tous les fidèles à être miséricordieux, insistant particulièrement auprès des confesseurs. Il dit : « Toute l’Eglise a besoin de recevoir la miséricorde, parce que nous sommes pécheurs. Elle pourra alors, dans la joie, rendre féconde la miséricorde de Dieu avec laquelle nous sommes tous appelés à donner la consolation à chaque homme et à chaque femme de notre temps. »

C’est une clef essentielle pour comprendre le pontificat du Pape François et il faut revenir au Jeudi Saint. Le pape, ce jour-là, au début de son pontificat, a rendu visite à des prisonniers, il leur a lavé les pieds et il leur a dit : « Celui qui est au plus haut doit être au service des autres. C’est mon devoir comme prêtre et comme évêque. Je suis à votre service. Ce signe du lavement des pieds est une caresse de Jésus, qui est venu pour cela, pour servir et pour aider. » Le Pape François s’est mis résolument dans les pas du Christ. Il nous invite instamment à le suivre selon deux axes qui se recoupent et qui reviennent toujours et toujours dans ses propos : faire preuve de miséricorde, et nous décentrer afin d’être présents aux périphéries de la société, et en particulier aux plus pauvres. De fait, cette miséricorde, il ne cesse de l’incarner dans le souci des périphéries, dans le souci des plus pauvres. N’est-ce pas l’attitude de Jésus vis-à-vis de Thomas en ce dimanche de la divine miséricorde ? Frères et sœurs, que ce 2e dimanche de Pâques, dimanche de la divine miséricorde soit pour nous l’occasion d’approfondir ce sens de la miséricorde divine. Dieu est le miséricordieux. Alors disons à Jésus ressuscité, avec Thomas qui, comme nous, a du mal à croire en la miséricorde divine : « Mon Seigneur et mon Dieu ».

Pâques

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Homélie

Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et Salomé… Trois femmes, qui, de grand matin, courent vers un tombeau. Comment trois femmes qui l’ont vu crucifié, torturé, peuvent-elles penser trouver un tombeau vide ? Trois femmes pour aller embaumer un corps. Certes elles se posent une question : qui nous roulera la lourde pierre qui entrave l’entrée du tombeau, sorte de cavité creusée à même la roche. Elles courent inquiètes, et sans doute encore sous le choc de ce qui vient de se passer. Elles arrivent. Un jeune homme vêtu de blanc les accueille : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici /…/ Allez dire à ses disciples et à Pierre : ‘il vous précède en Galilée.’ »…

Avec bonheur, les Eglises d’Orient ont surnommé Marie Madeleine : « Apôtres des apôtres ». Ce sont elles qui annoncent à Pierre et aux disciples la résurrection. L’Eglise ne s’est pratiquement jamais posé la question de pourquoi trois femmes. Femmes, hommes, nous avons chacune et chacun notre lot de qualités et de défauts. Bon an, mal an, cela s’équivaut. Les hommes seront sans doute plus cartésiens, les femmes auront une affectivité plus intuitive. Et c’est peut être là la clef du problème. Ce que la raison ne pouvait croire, le cœur l’a soupçonné… Et les trois femmes s’en sont allées au tombeau. Oh certes, elles avaient peur ! Face au mystère divin, on est quand même un peu impressionné… Certes, elles avaient peur, mais elles ont su reconnaître, les premières, qu’Il était vivant.

Mais tout n’est pas accompli. Il faut aller plus loin. Et c’est le messager de Dieu qui leur dit d’aller trouver Pierre et les autres disciples. A eux, ces hommes de Galilée, elles annoncent que Jésus est vivant. Oh, rassurez-vous ils auront du mal à croire ces ‘racontars de bonnes femmes’. Dans le judaïsme, le témoignage d’une femme ne peut être l’équivalent de celui d’un homme. Au passage, où en sommes-nous, et c’est d’actualité, nous les hommes de notre respect des femmes ? Intéressant quand même cette nécessité de passer par le dialogue homme/femme, et plus largement nécessité du dialogue, de l’échange, de la communication entre personnes différentes pour que nous puissions attester de la résurrection de Jésus. C’est dans un dialogue entre les hommes et les femmes, et plus largement entre chrétiens d’une même Eglise, mais avec toutes nos cultures, nos différences que jaillit le témoignage pascal. Il y a bien quatre évangiles, quatre évangiles avec leur différences et pourtant complémentaires pour dire Jésus, le Christ réssuscité. « Fratelli tutti », c’est en construisant une communauté fraternelle, où chacun et chacune sera respecté dans son identité profonde que nous témoignerons vraiment que Jésus est vivant. « Dis-nous Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? ». « J’étais là, à pleurer, dans le jardin, et il est venu à ma rencontre. Je l’ai pris pour le jardinier. Il m’a demandé ‘pourquoi pleures-tu ?’. Je l’ai reconnu : Rabouni ! Seigneur Jésus ! ». Oui ! Alléluia ! Alléluia ! Il est apparu à Marie Madeleine, puis à Pierre et aux autres disciples. C’est à nous, aujourd’en témoigner, ici et maintenant. A tous, Joyeuses Pâques !

Jeudi saint

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Homélie

Il y a quelques temps, Mgr Aupetit, archevêque de Paris, écrivait une très belle lettre aux prêtres et aux diocésains de Paris pour les remercier d’avoir respecté les consignes sanitaires très strictes qui leur était demandées et en particulier dans leur façon de communier. Il citait le cardinal Sarah, préfet de la congrégation pour la liturgie, qui invitait les fidèles, en ces temps de pandémie, à se soumettre à ce que demandaient leurs pasteurs. Pour Mgr Aupetit cela a permis que les pouvoirs civils nous autorisent à exercer le culte dans des conditions quasi normales, et il concluait ainsi en disant : « Qu’est-ce qui est le plus important, la manière de communier ou de communier au Corps du Christ ? ». Le sanctuaire étant un lieu particulièrement à risque, nous avons été très exigeants dans ce respect des règles sanitaires. Je voudrais vous remercier pour la façon dont vous avez accepté très majoritairement de vous plier à ces règles demandées. Pour ma part, j’ai bien conscience que cela a été difficile pour beaucoup. Je garderai un souvenir émouvant, lors du premier confinement, de ce moment où je distribuais la communion en silence. Nous vivions un manque de la célébration de l’Eucharistie qui n’était pas vide mais désir. Je suis toujours impressionné par la façon  intense de communier un genou à terre, dans la main, par plus d’un qui avait l’habitude de communier dans la bouche. Il y a des gestes qui disent bien plus que des paroles. Et je reprendrai le questionnement de Mgr Aupetit : « Qu’est-ce qui est le plus important, la manière de communier ou de communier au Corps du Christ ? ». Il me semble que les déplacements psychologiques qui nous ont été demandés nous ont obligés à nous interroger sur notre pratique eucharistique.

Ainsi on a inventé un nouveau mot, on parle de rencontres en présentiel ou par des moyens numériques… Nous avons pris conscience que la messe à la télé ou sur internet, c’est bien quand on ne peut pas faire autrement, on pense aux malades en particulier, mais rien ne remplacera une assemblée eucharistique en présentiel. C’est au cours d’un repas partagé avec les apôtres rassemblés, de plus celui de la Pâque, que Jésus invente l’Eucharistie. Jésus se fait alors Présence dans du pain partagé qui n’est pas fait, d’abord, pour être mis dans un tabernacle ou adoré mais mangé. Cela ne remet pas en cause l’adoration eucharistique mais elle n’est que seconde. Jésus se fait présent parmi nous sous le signe du Pain partagé pour que nous le mangions et pour que nous devenions son Corps. Mystère étonnant qui nous dépasse. Dans la communion eucharistique d’un repas partagé nous devenons des tabernacles. Les premiers chrétiens disaient : « l’Eucharistie fait l’Eglise, et l’Eglise fait l’Eucharistie ». « L’important ce n’est pas la manière de communier mais de communier au Corps du Christ » ajoute Mgr Aupetit. Frères et sœurs, prenons le temps d’approfondir ce mystère de l’Eucharistie qui est le Christ qui se fait Présence et qui se donne à chacun de nous, en Eglise… Nous n’aurons pas assez de toute notre vie pour approfondir ce mystère : « Il est grand le mystère de la foi ! ».

P. Gwenaël Maurey

 

                    

A l’attention des prêtres et des diacres du diocèse de Paris

 

Chers Pères, chers amis,

Nous vivons des temps difficiles où il faut sans cesse nous adapter à des contingences que nous ne maîtrisons pas et qui remettent bien souvent en cause nos pratiques pastorales. Je voulais vous dire qu’en ces moments troublés, je suis de tout cœur avec vous et partage les mêmes interrogations. Je dois aussi m’ajuster en permanence aux directives sanitaires qui évoluent sans cesse. Le Président de la République vient de faire de nouvelles annonces qui viennent s’ajouter à celles que nous connaissions déjà. Nos habitudes familiales et sociales en sont bouleversées et je vous remercie d’avoir eu à cœur de participer à cet effort collectif au nom de la fraternité et de la charité.

Il est important que nous restions exemplaires car c’est pour avoir appliqué les mesures qui nous ont été demandées que nos églises sont encore ouvertes et peuvent accueillir du monde. C’est pourquoi, il est important de continuer à respecter et à faire respecter ces normes réglementaires, diocésaines et ecclésiales. Je vous remercie de les avoir mises en œuvre dans la très grande majorité des lieux de culte : port des masques sanitaires, respect d’une distance dans la proximité entre les personnes, distribution de gel, feuilles de chants et d’informations qui ne circulent pas entre tous, communion dans la main. Je sais que certains d’entre vous sont sollicités fortement pour distribuer la communion dans la bouche. Il est certain que c’est un grave risque épidémiologique et nous devons, par égard pour les personnes qui donnent la communion et ceux qui la reçoivent ensuite, respecter cette règle fondamentale. En tant que pasteurs, je sais que vous saurez trouver la manière la plus ajustée de faire comprendre que la communion au Corps du Christ est plus importante que la manière de communier. Si des personnes persistent à refuser cette demande légitime, il est possible et souhaitable de leur demander de vivre un temps de communion spirituelle.

Vous pouvez aussi leur transmettre ce que le cardinal Sarah a écrit le 12 septembre dernier aux évêques du monde entier : « Les évêques peuvent donner des règlements provisoires auxquels il faut se conformer. L’obéissance sauvegarde le trésor de l’Église. Ces mesures expirent lorsque la situation est remise à la normale ».

Nous espérons tous un retour rapide à la pratique liturgique habituelle. Pour l’instant il s’agit de protéger la santé des plus fragiles et de mettre en œuvre l’obéissance qui manifeste de la manière la plus sûre la communion ecclésiale.

Je vous assure de toute mon amitié et de mon soutien en espérant vous retrouver prochainement dans la joie commune de servir Notre Seigneur.

 

À Paris le 16 octobre 2020

 

 

Homélie Jeudi Saint 2009 -  Paul 12     -  1Corinthiens 11, 23-26

J’ai relevé le défi avec les paroissiens de St Louis et du Moustoir, en cette année de St Paul, de prêcher à partir de l’apôtre des nations. Alors, frères et sœurs, continuons notre pèlerinage de la foi avec l’apôtre Paul. A nouveau, il s’adresse à la jeune communauté chrétienne de Corinthe. Rappelons-nous que celle-ci est confrontée à la fois à la culture grecque profondément ancrée dans le paganisme et au judaïsme qui essaie de vivre la fidélité à la foi de ses ancêtres dans cette culture grecque. A ces chrétiens de Corinthe tendus entre le désir d’être des authentiques disciples de Jésus de Nazareth et les attraits de la société de l’époque, Paul révèle ce qu’il a de plus important : « Frères, moi, Paul, je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur : la nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain… ». Une première remarque s’impose : lorsque l’apôtre veut transmettre ce qu’il a de plus cher, il s’inscrit bien dans une tradition « qui vient du Seigneur » et, par celle-ci, il transmet le signe de la Fraction du Pain, de l’Eucharistie. Ainsi donc, au cœur de la vie de ce géant de la foi, premier, à la suite de Jésus, de tous les évangélisateurs, au cœur de la vie de ce géant de la foi, il y a l’Eucharistie : « Je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur. ». C’est d’ailleurs pour cela que notre Eglise est par nature traditionnelle dans la mesure où elle est fidèle moins à des rites secondaires qui peuvent changer dans le temps ou l’espace, notre Eglise est traditionnelle parce qu’elle est fidèle à ce Signe de la Fraction du pain qui est pour nous communion au Corps du Seigneur. Ainsi, pour Paul l’annonce de l’Evangile est liée à la Fraction du Pain, l’Eucharistie : l’une et l’autre, l’une avec l’autre fondent l’Eglise (Cf. Vatican II).

Mais il faut aller plus loin. Paul précise : « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne ». Ces paroles, nous les connaissons bien puisqu’elles prennent place dans l’acclamation de l’anamnèse juste après le récit de l’Institution. Les équipes liturgiques savent bien que, dans cette acclamation, nous devons proclamer la mort, la résurrection et le retour du Christ : « Vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » nous dit seulement Paul. En rompant le pain de l’Eucharistie, Paul ne ferait-il mémoire que de la mort de Jésus, sans faire mémoire de sa Résurrection ? En fait Paul emploie une expression très forte, appauvrie dans la traduction française : « Vous proclamez la mort du Seigneur ». Dans la langue de Paul, le mot Seigneur (kurios) a un sens très fort. Dans la lettre aux Romains, c’est bien à Jésus qu’il donne le titre de Seigneur (Rm 10,9). Ce nom exprime parfaitement le mystère du Christ, Fils de l’homme et Fils de Dieu. Il est l’héritier du titre Adonaï de la première Alliance, à la fois titre royal et nom divin. Ainsi, le divin César de Rome se donnait le titre de Kurios, de Seigneur. Au-delà de la protestation face à cette prétention impériale de divinité, les premiers chrétiens attestent que le seul qui est Seigneur, c’est le Christ Jésus. Cet homme Jésus est Seigneur, il est Dieu né de Dieu. La mort ne peut le retenir. Proclamer la mort du Seigneur, c’est en même temps, par ce titre, affirmer que la mort ne peut le retenir, que la vie a eu le dernier mot. Et c’est cela la Fraction du Pain à laquelle nous convie l’apôtre : rompre le pain, c’est faire mémoire de la Pâques de Jésus, de sa Passion, de sa mort et de sa Résurrection.

Ainsi, en rompant le Pain, nous entrons dans la Pâque de Jésus. Le Jeudi Saint et le Vendredi Saint trouvent leur accomplissement au matin de Pâques. L’un et l’autre sont nécessaires pour célébrer le troisième. Il y a une époque où l’on insistait fort sur la mort de Jésus en oubliant pratiquement le matin de Pâques. La Résurrection de Jésus n’était, au mieux, que son plus grand miracle[1]. C’est un peu court. Aussi court que ceux qui ne retiennent que la Résurrection en oubliant le Vendredi Saint. Il y a une 15e station au Chemin de Croix que l’on avait trop oubliée : celle de la Résurrection. Paul en rompant le pain fait mémoire, au sens fort, de toute la Pâque de Jésus : de la mort du Seigneur, c'est-à-dire « de sa mort et de sa résurrection jusqu’à ce qu’il revienne ». Pour Paul, quand le « Seigneur » a rompu le pain, il a donné sens à l’offrande qu’il allait faire de lui-même, ce geste, au-delà de la mort est puissance de vie. Frères et sœurs, en partageant l’Eucharistie, non seulement nous sommes au cœur de la fois, mais nous sommes en communion avec le Christ et nos frères. Combien nous voudrions que beaucoup comprennent ce mystère ! Entrons dans la Pâque du Seigneur !                                                                           Ste Anne d’Arvor - P. Gwenaël Maurey

 

Jeudi Saint 1er avril 2021 – Jeudi Saint

 

Prière Universelle

 

Le prêtre: « Moi, le Maître et Seigneur, je vous ai donné l’exemple.» Prions aujourd’hui le Christ pour toute l’humanité appelée à lui ressembler.

R/ « Toi qui nous aimes, écoute-nous,  Seigneur. »

1-                   Nous te prions pour les prêtres, serviteurs de ton Eglise. Que ton corps et ton sang, en ce grand mystère de l’Eucharistie, leur donnent la grâce de vivre profondément unis à toi.

2-                   Nous te prions pour tous ceux qui se préparent à vivre leur première communion et te recevront dans les semaines à venir. Que ta liberté d’aimer, manifestée dans le don libre de ta vie, les transforme et leur donne la vraie joie.

3-                   Nous te prions pour celles et ceux qui vivent humblement le service, dans leur vie de famille ou professionnelle. Que ton exemple, les fortifie à chaque instant.

4-                   Nous te prions pour tous les peuples qui veulent s’asseoir à la table de la fraternité. Que ta Parole transforme ce monde et que beaucoup aient le courage de renoncer à la puissance et à la domination.

Le prêtre : Dieu de tendresse, accueille nos prières de ce jour et dans ta grande bonté, exauce-les. Nous te le demandons à toi, qui vis avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles,  R/ Amen.

 

 



[1] - Question 93 du Petit Catéchisme. (Vannes 1948)

Dimanche de la Passion

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Homélie

Frères et sœurs, alors que nous célébrons le dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur, c’est son titre complet, il est bon que nous nous rappelions que le cœur de cette liturgie n’est pas la bénédiction des Rameaux mais la proclamation de l’Evangile de la Passion, avec la double signification du mot Passion : Passion/Souffrance certes, mais aussi Passion/Amour. Double signification de ce mot pour nous dire que Jésus a été fidèle jusqu’à la mort, fidèle à son amour infini pour le Père, fidèle à son amour infini pour les hommes. Par sa Passion acceptée librement, Jésus vient briser le dynamisme de mort qui est en l’homme, le dynamisme du mal. Mal qui conduit les scribes et les pharisiens à la haine ; mal qui conduit Pilate et la foule à la peur ; mal qui conduit les disciples au sommeil et à la fuite ; mal qui conduit Pierre au reniement. Face à ce déferlement du mal qu’il faut bien nommer à un moment péché, face à cette spirale de violence, Jésus reste celui qui aime et aimera jusqu’au bout. Jésus reste celui qui pose sur l’homme, même du haut de la Croix, un regard d’amour. Sur chaque homme, sur tout l’homme, Jésus pose un regard d’amour. Un regard qui invite à vivre de l’amour, à vivre par amour. Bien sûr, voyant l’heure arriver, Jésus a été pris par la peur, mais il est demeuré fidèle. Il a vécu sa Passion et sa mort comme il a vécu sa vie, par amour. Sa mort est une mort donnée comme sa vie fut une vie donnée totalement à la mission que lui avait confiée le Père. Et la Croix, instrument de souffrance terrible est devenue signe de reconnaissance pour ses disciples. Ainsi en mourant pour tous les hommes, le Christ Jésus a inauguré un monde nouveau. Alors oserons-nous, pour une infime part, participer à la Passion de Jésus ? Oserons-nous, frères et sœurs, regretter nos reniements comme Pierre ? Oserons-nous nous ouvrir à la conversion, en nous faisant serviteur les uns des autres ? Ou alors, comme Pilate nous laverons-nous les mains devant les situations de détresse et de misère que nous côtoyons ? Contemplant en ce jour le Christ en Croix et laissant son regard d’amour se poser sur nous, l’Esprit Saint fera-t-il jaillir de nos cœurs le cri du centurion : « vraiment cet homme est le Fils de Dieu. » Que notre vie donnée par amour soit, dans notre monde le signe de cette Bonne Nouvelle. En Jésus, nous sommes réconciliés avec Dieu et réconciliés les uns avec les autres. Cette Bonne Nouvelle que nous célébrons aujourd’hui – comme chaque dimanche – elle va se déployer tout au long du Triduum Pascal qui va clore la Semaine Sainte, inaugurée en ce jour de la Passion. Alors vivons à plein la Pâque de Jésus inaugurée par ce Temps de la Passion.

dimanche 7 février

homélie du 5e dimanche du temps ordinaire

Pierre était-il heureux de voir sa belle mère pleinement rétablie ? Frères et sœurs, au-delà du clin d’œil qui nous est fait de Jésus guérissant la belle mère de Pierre, l’évangéliste nous présente Jésus au milieu des malades. La tradition biblique annonçait que l’un des signes de la venue du Messie serait la guérison des malades. Par ces signes Jésus révèle qui il est, et annonce la Bonne Nouvelle. Alors que l’Eglise nous invite à célébrer ce dimanche la Journée Mondiale de prière pour les Malades, au plus près du 11 février, fête de ND de Lourdes, il est bon de nous redire ce que l’Eglise entend lorsqu’elle nous parle non pas d’« un sacrement des malades » mais « des Sacrements pour les malades ». Le rituel  romain souligne d’emblée qu’il y a plusieurs sacrements pour les malades en distinguant sacrements pour les malades et sacrements pour les mourants.

Pour les malades, le premier sacrement est bien sûr celui de l’Eucharistie portée régulièrement, à ceux qui ne peuvent se rendre à l’église, dans la continuité de la messe du dimanche. Lorsque le dimanche, membres de l’équipe du Service de visite des malades, plusieurs d’entre vous présentent à la communion des custodes pour porter la communion aux malades, nous vivons là un geste fort de communion dans tous les sens de ce terme. La communion portée aux malades, c’est la première raison, dans l’histoire, de la conservation des hosties dans le tabernacle. Il est bien que les prêtres exercent ce ministère, mais aujourd’hui des laïcs les aident pour que tous les malades qui le désirent reçoivent régulièrement la communion par ce service évangélique des visiteurs de malades. Ces laïcs se retrouvent dans une équipe pour réfléchir sur ce service d’Eglise et prier. Merci à cette équipe très présente et essentielle sur nos paroisses. De plus les malades ne doivent pas hésiter à demander la visite d’un prêtre pour recevoir le sacrement de Réconciliation. Lorsque la maladie s’aggrave (il faut quand même avoir plus qu’un rhume ou une petite grippe), il est bien que les malades reçoivent le sacrement de l’Onction des malades. L’Esprit Saint leur est donné pour qu’ils aient force dans la maladie. J’ai reçu ce sacrement de l’Onction, et je ne suis pas mort. Et cela ne porte pas malheur. C’est certainement un sacrement à redécouvrir. Oublions cette expression très maladroite d’ « Extrême Onction », et redécouvrons ce Sacrement pour les malades.

Quant au grand sacrement des mourants, c’est le Viatique, c’est-à-dire l’Eucharistie donnée pour le passage (la Pâque). « Tous les baptisés qui peuvent recevoir la communion sont tenus de recevoir le viatique » nous dit le rituel. Nous avons certainement, là aussi, une réflexion et un approfondissement à avoir sur ce sacrement qui est si peu donné… Si nous croyons vraiment dans l’Eucharistie, alors pourquoi en priver les mourants. Parce que ce moment là est crucial, c’est, dans la mesure où c’est possible, un prêtre qui vient alors donner l’Eucharistie en viatique. Au mourant, dans la mesure où c’est possible, on donnera aussi l’Onction des malades et le Sacrement de Réconciliation. N’avons-nous pas, dans un monde qui cache la mort (l’idéal étant de mourir sans s’en rendre compte…), à nous réapproprier la mort, notre propre mort, à la vivre chrétiennement, et à prendre le temps de cette étape de notre vie ?

Encore une fois, dans ces célébrations et dans cet accompagnement, l’équipe des visiteurs de malades a un rôle important « au nom de la paroisse », mais tous les paroissiens doivent se sentir concernés. Que nos frères malades soient assurés de notre présence et de notre prière.

dimanche 14 février

homélie du 6e dimanche du temps ordinaire

« Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha, et lui dit : ‘Je le veux, sois purifié’ ». La liturgie de ce dimanche nous invite à méditer un passage de l’évangile de Marc : la guerison, ou plutôt la purification d’un lépreux…

Remarquez comme à l’imploration du lépreux « Si tu le veux, tu peux me purifier », Jésus réponds par : « Je le veux sois purifié ». Le lépreux aurait pu demander à Jésus de le « guérir », il demande de le « purifier ». La nuance n’est pas fortuite. Aux temps de Jésus, certaines maladies, comme la lèpre, rendent rituellement impur. Elles mettent à l’écart de la communauté humaine et spirituelle, elles excluent. Déjà le malade n’appartenait plus au monde des vivants mais à celui des morts. C’était il y a deux mille ans. Mais aujourd’hui, quelles sont les maladies qui excluent de notre société, qui renvoient les personnes du monde des vivants ? Maladies du corps certes, mais aussi maladies de l’esprit, et le champ est large ! N’avons-nous pas bien souvent, mine de rien, un regard qui exclue le malade ?

Mais il faut aller plus loin… Devant le lépreux, Jésus est saisi de compassion. Cette attitude là est aussi à méditer. Face à l’exclusion, à la maladie du corps ou de l’esprit, face à une maladie qui défigure le corps ou l’esprit, Jésus est saisi de compassion. Celui que Jésus voit c’est un être humain, dans sa dignité profonde : « Je le veux, sois purifié ». Dans l’homme défiguré par l’exclusion sociale, la maladie, l’alcoolisme ou d’autres addictions, l’extrême pauvreté ou même englué dans une dérive idéologique ou sectaire, est-ce que je vois d’abord un malade ou un être humain ?

Mais il faut encore aller plus loin : « Va te montrer au prêtre… ». Jésus, en lui demandant de respecter les rituels d’Israël, dit au lépreux que c’est possible : « Tu peux y arriver, tu dois te réinsérer dans la société humaine, et dans la société spirituelle ». Ainsi le lépreux ne retrouve pas seulement la santé du corps mais aussi son identité humaine, sociale et spirituelle… Grande leçon d’humanisme chrétien que nous fait Jésus : Tout homme au plus bas, peut se relever. Tout homme au plus bas est capable d’humanité, est capable de spiritualité.

Alors que nous voulons être de cette Eglise en tenue de service, proche des périphéries et proche des pauvres comme dirait le pape François, face à toutes ces lèpres de notre société, toutes ces maladies, n’avons-nous pas à prendre cette attitude pour nous même (nous sommes tous un peu lépreux) et pour ceux que nous avons l’occasion de rencontrer ? Nous allons entrer dans le temps du Carême. N’est pas le moment de nous mettre en état de conversion pour nous-mêmes et vis-à-vis du prochain : « Si tu le veux, tu peux me purifier »,  « Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha, et lui dit : ‘Je le veux, sois purifié’ ». Seigneur Jésus change mon regard sur les malades, les personnes en difficultés, les plus petits et les plus pauvres ! Seigneur Jésus, je les confie à ta miséricorde. Et que je sache moi-même accueillir ta miséricorde et être, à mon tour, miséricordieux !

Mercredi 17 février

homélie du mercredi des Cendres

« Revenez à moi de tout votre cœur dans le jeûne, les larmes et le deuil » nous dit le prophète Joël. Lorsque quelqu’un crie : « reviens » c’est toujours en suppliant avec le ton d’une personne qui est attachée à celui qui part et qui le supplie de revenir à elle. Nous le sentons bien aussi dans la lettre de saint Paul : « Au nom du Christ nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu ! » (2Co 5,20). Laissons-nous toucher par cet appel : Dieu nous supplie de revenir à lui : « Oui, reviens à moi ! ». Revenir, cela signifie que nous sommes partis. Pourtant nous n’avons pas toujours l’impression d’être partis. C’est un peu comme dans un couple : on peut, sans être parti, ne plus être avec l’autre de tout notre cœur, et garder un lien qui n’est plus vraiment une union mais une sorte de vivre ensemble où on essaie simplement de se rendre de petits services à l’occasion. L’amour alors est abîmé ; il faut le raviver. Dans notre vie de foi c’est la même chose. Mine de rien, nous nous sommes éloignés peu à peu de Dieu. C’est le moment de revenir à lui de tout notre cœur, et que cet amour soit, à nouveau, vraiment quelque chose de vivant et de lumineux en nous.

Pour réveiller notre amour nous nous donnerons des repères précis. Dans l’Évangile, le Christ nous propose trois pistes pour mieux aimer, mieux être disciples : partager, prier, jeûner ; et cela dans le secret de notre cœur avec des actes qui montrent notre désir de vivre dans l’amitié avec le Seigneur. C’est une question entre chacun de nous et Dieu. Jésus nous parle du Père qui voit dans le secret ; c’est là que se vit une authentique vie spirituelle, dans le secret du cœur. A chacun de retenir dans ces 3 pistes ce qui le fera avancer, concrètement, comme disciple de Jésus :  

Celui qui partage généreusement voit son cœur s’agrandir. Peut-on être chrétien sans ouvrir son cœur au partage… Le carême est le temps du Partage.

Quant à la prière, Jésus suggère dans l’évangile qu’elle est l’ouverture à quelqu’un qui est présent : « ferme ta porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ». A chacun de trouver les moments de la prière seul et avec d’autres…  

Enfin il y a le jeûne. Habituellement on présente le jeûne de nourriture comme un geste de partage : cela nous permet de partager avec ceux qui n’ont rien. C’est une des significations du jeûne, mais peut-être pas la principale. Jésus donne au jeûne le sens d’une attente, de l’attente de Quelqu’un. Aux disciples de Jean-Baptiste qui viennent se plaindre que les disciples de Jésus ne jeûnent pas (Mt 9,14), celui-ci répond qu’ils jeûneront plus tard, quand l’Époux leur aura été enlevé. Le jeûne chrétien consiste à se dire à soi-même, et à tout son corps aussi : il y a Quelqu’un qui me manque, et je refuse d’être satisfait tant que le Christ me manquera ainsi. Nous pouvons ainsi jeûner parce que le Christ nous manque, ou bien pour qu’il nous manque davantage, ce qui serait le signe que nous nous attachons plus à lui. On peut jeûner, bien sûr, de nourriture, mais il y a aussi d’autres jeûnes de télévision, d’ordinateur, de consommation, et d’autres plaisirs… Qu’ils soient toujours en vue de refuser d’être satisfait. Ce n’est pas pour payer quelque faute que nous renonçons à un bien légitime, mais pour que notre cœur ait soif et faim de la Parole de Dieu, de la présence et de l’amour du Christ. Frères et sœurs, bon et joyeux carême ! C’est un beau temps pour réveiller notre foi !

21 février

homélie du premier dimanche de carême

Lorsque j’ai voulu préparer l’homélie de ce dimanche, un mot de l’évangile m’est resté, celui de désert. Il y a dans cet évangile comme une harmonie du désert. Celui-ci peut être la pire comme la meilleure des choses. Alors je me suis rappelé un très beau commentaire de l’évangile de ce jour du P. Gérard Bessière. Tout simplement je vous le livre :

Le désert est proche… Il est dans le métro, dans la voiture, à la maison. On le traverse au long des insomnies, dans les jours d'attente et de souci, quand la perte d'un être cher creuse en nous le vertige…Le désert peut être âpre, vide, lourd de solitude. Il peut aussi être lumineux, grand ouvert à l'avenir, enchanté de présences invisibles, dans la clarté des matins heureux…Et le désert de Jésus ? Il y demeura quarante jours. Le chiffre rappelle d'autres marches désertiques, celles des Hébreux en route vers la Terre Promise, celles de saints personnages du passé qui avaient su trouver Dieu en des heures de crise : Moïse, Elie...Avec les anges et les bêtes, Jésus fait penser à Adam dans le jardin du Paradis: viendrait-il inaugurer un nouveau monde, serait-il le premier-né d'une humanité neuve ? Il va quitter le désert pour parcourir les bourgs de Galilée. Il part annoncer à tous que les temps sont mûrs, que Dieu est là, sur le seuil, qu'il faut changer de vie et se jeter dans la Bonne Nouvelle. Jésus, souvent, pour quelques heures, pour une nuit, rejoindra la solitude. Et nous, sans partir bien loin, savons-nous écouter et accueillir, dans le silence de nos déserts, le Règne qui vient ? Et repartir sur nos chemins, le cœur habité par ce secret?

Frères et sœurs, en ce temps de Carême, saurons-nous trouver ces chemins du désert, « poussés par l’Esprit ». Nous sommes tous invités à vivre cette grâce du Carême. En cette année, notre évêque nous invite à prendre ce chemin-là en cultivant la fraternité :

Le livret que vous est proposé, écrit-il, nous encourage à méditer sur la fraternité, à partir de l’encyclique du pape François Fratelli Tutti, Tous frères. Le pape nous invite à reconsidérer cette fraternité. Elle est liée à la paternité : nous sommes frères parce que nous avons un père commun. Une fraternité authentique n’est donc pas un ensemble de relations purement horizontales, mais elle nécessite ce lien au Père de toute l’humanité. En ce sens, fraternité et conversion me paraissent extrêmement liées. Nous le voyons dans deux passages de l’évangile : la parabole du bon samaritain (Lc 10, 25-27) et la parabole du jugement dernier (Mt 25, 31-46) : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Avec l’épidémie du coronavirus, nous avons redécouvert que nous sommes fragiles, mortels /…/. Lors du jugement dernier, nous dit la parabole, de l’évangile de saint Matthieu, nous serons jugés sur l’attention que nous aurons portée aux autres. Vivre la fraternité est une nécessité.

Voilà donc un chemin qui nous est proposé. Le Carême est un temps de conversion, de retournement vers Dieu, de libération. Concrètement, prendre le chemin du désert, c’est accepter de creuser en nous un certain désir, et celui de la fraternité n’est pas, pour les chrétiens, le moindre. Il nous conduira, assurément, en Eglise, à Jésus lui-même. Je vous invite donc à la sortie de cette messe à prendre un livret. N’hésitez pas à constituer de petites fraternités de 4 ou 5 personnes, et à vivre ensemble ce qui nous est proposé. Quant aux auditeurs de la radio, qu’ils n’hésitent pas à demander à un proche d’aller retirer sur leur paroisse ce livret. Ils sont gratuits, mais ils peuvent rapporter gros. Je vous souhaite à tous un sain(t), bon et joyeux Carême.

dimanche 31 janvier

homélie du 4e dimanche du temps ordinaire

Frères et sœurs, il faut bien reconnaître qu’entre la 1e lettre de Paul aux Corinthiens et l’évangile de Marc, nous avons là deux textes difficiles à entendre aujourd’hui. Comme toujours, il faut les remettre dans leur contexte pour mieux les comprendre.

En aucun cas Paul ne condamne la vie de couple. Dans la lettre à Timothée (3,2), Paul recommande que l’évêque soit irréprochable, mari d'une seule femme, qu'il soit sobre, pondéré, courtois, hospitalier, apte à l'enseignement. Il n’est donc pas contre le mariage. Mais nous sommes à Corinthe, une ville portuaire cosmopolite. La sexualité y est parfois débridée. Paul doit alors tenir deux aspects de la foi : la grandeur et la sainteté du mariage, et, plus difficile dans un monde méditerranéen et ‘matcho’, où pour un homme sa virilité se manifeste dans ses enfants males : la grandeur et la sainteté du célibat. Dans ce contexte là, sans condamner la vie de couple, Paul souligne les avantages du célibat. Quant à nous, sans mépris du mariage, nous avons certainement à redécouvrir la grandeur et la sainteté du célibat. Certainement que la façon ancienne de hiérarchiser les états de vie, ne nous a pas aidé. Vous savez, c’est mieux d’être un homme qu’une femme, d’être célibataire que marié, d’être prêtre que célibataire, d’être religieux que prêtre… et le top du top, c’est d’être chartreux. A cela St François de Salle répondait qu’il n’y a rien de pire que la femme mariée qui joue à la religieuse, ou l’évêque qui joue au moine, celui-ci ferait un mauvais moine et un mauvais évêque. « Non Philotée, la dévotion ne gâte rien quand elle est vraie, ainsi elle perfectionne tout, et lorsqu’elle se rend contraire  à la légitime vocation de quelqu’un, elle est sans doute fausse. Dieu commande aux chrétiens de produire des fruits chacun selon sa qualité et vocation. Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite. »[1]

Quant à l’évangile, il nous parle d’exorcisme… Là aussi le contexte biblique est riche d’enseignement. Si nous sommes, quant à nous, dans une culture cartésienne, positiviste et même scientiste, il y a deux milles ans c’etait l’inverse. C’est une médecine faite d’expérience. On n’explique pas tel phénomène médical : on sait que telle plante peut soulager tel symptôme. Et c’est la même chose pour les maladies psychiatriques. Ainsi l’épilepsie est considérée comme une possession diabolique. Dans ce contexte culturel, Jésus guérit en chassant un esprit mauvais. Mais cela dit, il reste une question, une question difficile. Quelque soit le nom qu’on lui donne, en faisant le tri entre le vrai et le faux, entre le psychologique et le phénomène qui résiste à toutes nos explications, quelque soit le nom qu’on lui donne, le Mal, le Mauvais reste une question. La Bible l’a appelé le Diabolos (contraire du symbole, c’est-à-dire d’une personne), le Diabolos, ce qui divise, qui se met en travers, l’obstacle. Et si cela reste une question, il y a une Réponse sûre, solide de l’Evangile : « Jésus commande même aux esprits mauvais, et avec autorité. Il est vainqueur du Mal, du Mauvais ». Il est très significatif que cette question intéresse peu les chrétiens pratiquants. Ce n’est pas eux qui ont des problèmes de possessions (je vous rappelle qu’il y a plus de sorciers, magiciens et jeteurs de sorts en France que de prêtres). Notre foi, nous ne l’avons pas mise dans le Diable, mais dans le Christ. Nous ne croyons pas au Diable, mais au Christ. Ainsi à ceux qui veulent faire parler les morts, les auteurs bibliques sont unanimes : « pas de ça chez nous ! ». Combien ont détruits leur santé mentale dans des pratiques de magie noire. Au fond, Paul puis Marc nous pose une double question : Là où j’ai été planté, dans l’état qui est le mien, marié ou célibataire, comment je vis du Christ en choisissant le bien…  « Choisis la vie » dit le Deutéronome…



[1] In « Introduction à la vie dévote ».

Vendredi 1er janvier

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Homélie de la solennité de Marie, mère de Dieu, mère de l'Eglise, journée mondiale de la paix

Frères et sœurs pèlerins de la paix, en ce 1er janvier, le pape François adresse à tous les responsables politiques et religieux ainsi qu’à tous les hommes et femmes de bonne volonté ses « meilleurs vœux pour que cette année puisse faire progresser l’humanité sur la voie de la fraternité, de la justice et de la paix entre les personnes, les communautés, les peuples et les États. » Plus loin il poursuit en disant ceci : « Ces événements (en parlant de la crise sanitaire) et d’autres, qui ont marqué le chemin de l’humanité l’année passée, nous enseignent qu’il est important de prendre soin les uns des autres et de la création pour construire une société fondée sur des relations de fraternité ». Il choisit comme thème de réflexion : « La culture du soin comme parcours de paix ». Je vous invite donc à lire l’intégralité de ce message du pape François sur le site du Vatican. De plus, je voudrais m’arrêter sur l’appel que le pape François nous fait à vivre prochainement une année de la famille à l’occasion du 5e anniversaire de l’encyclique « Amoris laetitia/la joie de l’amour ». En la faisant commencer le 19 mars, jour de la saint Joseph, le pape place cette année sous le regard bienveillant du père adoptif de Jésus. Dans son encyclique « Fratelli tutti / tous frères », il invitait toute l’humanité à la fraternité, texte fort qui nous appelle à une conversion. Déjà son encyclique « Amoris laetitia » nous invitait à vivre « la joie de l’amour dans la famille ». Nous avons là 3 clefs pour être des pèlerins de la paix en 2021 :

1-    La 1ère clef est de vivre cette année sous le regard bienveillant de St Joseph. Au-delà d’un modèle pour tous les pères de famille, le « père de l’ombre » comme le pape l’appelle joliment, dans sa lettre « Patris corde/Avec un cœur de père » St Joseph devrait inspirer nos vies quotidiennes pour que nous renoncions à tous les pouvoirs autoritaires qui empêchent l’autre de s’épanouir. Est-ce ringard de prendre Joseph pour modèle des pèlerins de la paix?

2-    La 2nde clef est bien l’encyclique « Fratelli tutti/Tous frères ». C’est un texte que nous devrions lire et relire. Pour reprendre un slogan du Secours Catholique il nous invite à la révolution fraternelle. Oui, soyons des pèlerins de la paix en nous reconnaissant tous frères!

3-    Enfin la 3e clef est l’encyclique « Amoris laetitia/la joie de l’amour ». En soulignant qu’un des fondements essentiels de la vie humaine est la famille le pape n’ignore pas qu’il n’y a pas de famille idéale, que toutes sont d’une manière ou d’une autre blessées. Cependant c’est dans ces familles concrètement que nous devons commencer à être des pèlerins de la paix…

Ainsi à la lumière de l’encyclique « Amoris laetitia », de l’encyclique « Fratelli tutti » et de cette année St Joseph, le pape nous invite à vivre une année de la famille. Cela commence par nos propres familles pour s’étendre à nos communautés humaines (dont nos paroisses !) pour aller jusqu'aux dimensions, de la « maison commune » qu’est toute la famille humaine. En ce lieu où nous faisons mémoire d’Anne et de Joachim, de Marie et de Joseph qui accueillent l’enfant de  Bethléem, comment ne pas leur confier notre pèlerinage pour la paix. En ce jour où nous célébrons Marie, mère de Dieu, confions-lui notre désir de paix pour toute la famille humaine. Nous aurions pu chanter ce vieux chant : « Toute la famille humaine / Se rassemble près de toi. / T’acclamant pour souveraine, / Et te redisant sa foi. / Sainte Vierge, Ô notre mère, / Garde nous auprès de toi. ». Oui, frères et sœurs, avec Marie et toute la Sainte Famille, marchons pour la Paix.

Vendredi 25 décembre

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Homélie pour la fête de la nativité

En cette année tristounette, crise sanitaire oblige, il y a une expression qui fait fureur depuis quelques semaines : on nous parle de la magie de Noël. Et pour réussir cette magie, on nous parle de repas de fête qui tombent dans la surconsommation, et parfois dans la déraison. Et certains enfants ne savent plus quoi faire des cadeaux qu’ils reçoivent. Je me rappelle ma grand-mère maternelle qui ne recevait, en ces Noëls d’hantant, qu’une orange et quelques chocolats. Il faut dire qu’elle était la 12ème d’une famille de paysans pauvres, et qu’à 12 ans elle fut placée dans une ferme. Pourtant, ils étaient heureux. Ils n’auraient pour rien au monde manqué la messe de minuit. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Il est, bien sûr, légitime de faire la fête en cette nuit de la Nativité. Si c’est de cela dont il s’agit lorsque l’on parle de la magie de Noël, alors c’est tant mieux ! Mais prenons garde au pied de notre magnifique arbre de Noël, fut-il le plus beau sapin, d’y placer une crèche pour nous rappeler qu’en cette nuit sainte c’est bien la Nativité du Seigneur, Dieu-avec-nous, Emmanuel, que nous célébrons. Sinon la magie de Noël sera une coquille vide. Oui, accueillons l’Enfant de la promesse !

Ecoutons l’évangile qui vient d’être lu : « Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem /…/ Or pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli ». Voilà ce que dit Luc ; Matthieu en parlera un peu plus, mais les deux évangélistes restent très discrets sur le rôle de Joseph comme père adoptif. Comme le dit le pape François dans la lettre pour cette année St Joseph, celui-ci reste « un père dans l’ombre, décentré par amour de Marie et Jésus ». Joseph n’est pas celui qui n’a rien compris, celui qui a été mis de côté. Cela, bien sûr, n’est pas tendance aujourd’hui, où nous raisonnons trop en termes de pouvoirs, de rapports de forces. Voilà pourtant le mystère de Joseph, c’est celui d’un homme qui a aimé. Le pape souligne très fort que la façon d’aimer de Joseph est en accueillant avec un cœur de père l’Emmanuel, Jésus, Dieu-avec-nous. Le bonheur de Joseph est alors dans le don de soi d’un père accueillant. Alors avec lui, nous pouvons entendre de façon renouvelée ce souhait mainte fois répété dans la liturgie et qui résonne particulièrement en cette nuit de Noël : « Le Seigneur soit avec vous ! ». « Le Seigneur soit avec vous », c’est d’abord un très beau prénom que certains portent sous de multiples formes : Emmanuel, mais aussi Emma ou Manuel… Emmanuel signifie « Dieu avec nous ». A ceux-là, nous souhaitons une particulière bonne fête de Noël, fête du Dieu-avec-nous. Sous le signe d’un enfant nouveau-né, couché dans une mangeoire d’animaux, par le ministère de Joseph, c’est l’Humanité toute entière qui est invité à accueillir l’Emmanuel « Dieu avec nous ». En cette nuit de Noël, à chacun d’accueillir Jésus dans son cœur. Au-delà de tous les signes de la fête (cadeaux, repas, rencontres…), n’oublions pas d’accueillir dans notre cœur Celui à cause de qui nous sommes rassemblés, à cause de qui nous faisons la fête. Mais célébrer Noël, c’est aussi ouvrir notre cœur à cet Emmanuel qui embrase le monde par son Esprit de Justice et de Paix. D’où ce beau poème que l’on chante parfois à Noël : « C'est Noël chaque fois qu'on essuie une larme dans les yeux d'un enfant… C'est Noël chaque fois qu'on dépose les armes chaque fois qu'on s'entend… C'est Noël quand nos cœurs oubliant les offenses sont vraiment fraternels… C'est Noël dans les mains de celui qui partage aujourd'hui notre pain… C'est Noël sur la terre chaque jour. Car Noël, ô mon frère, c'est l'Amour… Que Joseph nous montre ce chemin ! Voilà la vraie magie de Noël ! 

Dimanche 3 janvier

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Homélie pour la fête de l'épiphanie

« Venite adoremus ! Venez adorons ! ». Dans la nuit de Noël, avec les bergers, nous avons été invités à aller adorer l’Enfant de Bethléem dans une crèche, une simple mangeoire pour des animaux. Mystère d’humilité et de simplicité. Au jour de l’Epiphanie, ce sont les « rois » mages qui nous invitent à l’adoration. Avec leur or, leur encens, et leur myrrhe, ils chantent: « Venite adoremus, venez adorons! ». Nous connaissons tous cette signification traditionnelle de la démarche de nos « rois mages » : Gaspar en offrant de l’or reconnaît notre Roi, Melchior en offrant de l’encens reconnaît notre Dieu, et Balthasar en offrant de la Myrrhe reconnait notre Rédempteur, celui qui est le sacrement de notre Pâque. Par le ministère de ces hommes venus d’Orient, ce sont bien toutes les nations qui viennent reconnaître leur Roi, leur Dieu et leur Rédempteur.

Simplement, brièvement, je voudrais m’arrêter cette année sur la démarche du premier de nos mages. Véritable précurseur des pèlerins qui se mettent en marche, Gaspar vient déposer devant l’Enfant de Bethléem de l’or. Curieux cadeau fait à un nouveau né. En ce lieu de pèlerinage, comment ne pas nous laisser interpeler par sa démarche pour faire, à notre tour, avec Gaspar, ce voyage intérieur, voyage intérieur de la prière, de l’adoration. Nous venons avec tout notre or, toutes nos richesses à la rencontre de l’Enfant de Bethléem.  Toutes nos richesses, c’est-à-dire, comme dit l’évangile, tous nos talents, toutes nos capacités à grandir, à nous développer, et aussi, à nous mettre au service des autres… Toutes nos richesses, c’est-à-dire tout ce qui fait nos relations : à la crèche nous apportons tous ceux que nous aimons, et ceux que nous n’aimons pas assez… Toutes nos richesses, ce sont aussi celles qui nous encombrent, qui nous empêchent d’avancer. Car au fond ce que nous sommes invités à apporter à la crèche c’est bien au-delà de tout ce que nous avons, tout ce que nous sommes. « Venite adoremus ! Venez adorons ! » Avec tout notre or, tout ce que nous sommes, devant l’Enfant de Bethléem, prenons le temps du silence, du recueillement, prenons le temps de la prière et de l’adoration. Mais attention ne venons pas les mains vides, venons avec tout ce que nous sommes. Oui « Venite adoremus ! Venez adorons ! ».  Et c’est cette belle prière de la préface eucharistique que je voudrais partager avec vous en ce jour :

Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t'offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant. Quand ton humble servante, la Vierge Marie, portait dans ses bras Jésus, son enfant, tu as attiré tous les peuples à la foi de l'Evangile : Prémices de l'Eglise venue d'Israël, les bergers de Bethléem, enveloppés de ta clarté et avertis par la voix des anges, reconnaissent dans cet enfant le Christ Sauveur. Premiers représentants de l'Eglise issue des nations, les mages venus d'Orient, poussés par ta grâce et guidés par l'étoile, entrent dans une pauvre maison et, dans l'enfant qu'ils trouvent avec Marie sa mère, ils adorent leur Dieu, acclament leur Roi et reconnaissent leur Rédempteur. C'est par lui que les anges, assemblés devant toi, adorent ta gloire; A leur hymne de louange, laisse-nous joindre nos voix pour chanter et proclamer… Que ce soit notre prière de louange, d’eucharistie de ce jour. 

Dimanche 27 décembre 2020

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Homélie pour la fête de la sainte famille

Aujourd’hui, souvent, dans nos familles, lorsqu’on choisit un prénom, un des critères qui prédomine est celui de l’originalité. Ainsi on arrive parfois à des prénoms imprononçables à l’origine inconnue. Aux temps de la Bible, il en était tout autrement un prénom, c’était toute une histoire et comme un faisceau de significations pour les hommes et pour Dieu... Un prénom c’est d’abord pour Dieu le contraire d’un numéro, c’est le nom personnel par lequel il nous nomme, c’est dans la Bible tout un programme. Ainsi Marie ou Myriam, dont le nom signifie « Dame » (nous en avons fait notre « Notre Dame ») se rattache à Myriam la sœur de Moïse, grande prophétesse devant l’Eternel. Ce nom nous renvoie à l’Exode d’Israël... Ainsi Jésus, en Hébreux Yeshua transcrit en latin par Josué, signifie « Dieu Sauve » et nous renvoie à Josué qui après avoir fidèlement servi Moïse lui succédera. Un prénom qui renvoie à la Pâque libératrice de l’Exode, décidément « Dieu sauve » et ce prénom est tout un programme. Quant à Joseph, il renvoie au patriarche Joseph, fils de Jacob/Israël. Après que ces frères sur les chemins de l’exil l’aient vendu, c’est lui, qui devenu un grand d’Egypte, y fera venir ses frères, et sera par là-même instrument de la Pâque d’Israël. Donner ce prénom-là à un enfant, au pays de Jésus, c’était le marquer du sceau de la Pâque juive, de ce Dieu qui sauve. Enfin, il y a Anne le nom signifie ‘la grâce’ et Joachim ‘Dieu accorde’ ne sont pas à oublier. La signification de leurs noms nous fait reconnaître qu’ils ont une mission particulière, celle de nous donner Marie.

De ces prénoms : Jésus, Marie, Joseph, Anne et Joachim reconnaissons qu’ils nous orientent vers la Pâques de Jésus. A leur manière Anne et Joachim ont préparé cette Pâque en devenant les parents de la Mère de Dieu. Ni le vieillard Syméon, ni la prophétesse Anne ne s’y trompent ; ils reconnaissent en Jésus le Fils de la promesse. L’enfant peut grandir en âge et en sagesse dans sa famille, dans sa sainte Famille de Nazareth. J’aime à imaginer les grands parents Anne et Joachim veillant sur cette sainte famille. Les évangiles sont fort discrets sur la vie de cette famille. On ne peut que supposer, imaginer : Une famille de petits artisans de Palestine, au 1er siècle, pas vraiment riche, pas vraiment pauvre. Une vie quotidienne marquée par une occupation étrangère, mais surtout vivant au rythme de la foi biblique. Les « frères du Seigneur », c’est-à-dire les cousins, sont très présents. Au temps de Jésus, les familles sont plutôt des familles élargies où oncles, tantes, cousins et cousines sont très proches… 

Quant à nos familles, je n’ai sans doute pas été le seul à remarquer combien nos veillées de Noël un peu particulières étaient, malgré tout, pour beaucoup familiales. Certains y étaient ‘en famille’, des familles parfois blessées. C’est à ces familles que le secret de Nazareth est proposé. Un secret tout simple, serait-il trop simple ? Beaucoup d’amour, un peu de Bible, la joie d’être ensemble. Dans notre prière de ce jour, prions pour nos familles. Et que notre communauté rassemblée soit un peu à cette image, d’une certaine manière une famille où chacun se sente bien. C’est peut-être cela aussi que nous apporte la Ste Famille en ces fêtes de Noël.     

Sainte Anne, épouse, mère et grand-mère

Bannière du mouvement  des grands-parents "Anne et Joachim"
Bannière du mouvement des grands-parents "Anne et Joachim"

Yvon Nicolazic vit avec son épouse Guillemette. Ils sont agriculteurs. Yvon est un homme à la vie spirituelle simple et profonde, connu pour sa piété et sa dévotion particulière à Sainte Anne, « sa bonne patronne ». Mariés depuis une dizaine d’années ils n’ont pas d’enfant. Mais après les apparitions de Sainte Anne, leur vœu va être exaucé, ils vont donner naissance à quatre enfants, dont un deviendra prêtre.

 

 

Ainsi depuis plus de quatre siècles, il nous est donné de voir et d’entendre les merveilles que le Seigneur a faites pour son peuple et qui continuent à se vivre dans son Eglise. Les pèlerins vont venir en foule à Keranna et ils continuent à venir demander à Sainte Anne d’intercéder pour eux auprès du Seigneur.

 

 

Suivra donc une mission particulière pour Yvon Nicolazic d’abord, puis pour tous ceux qui accueillent le message donné ici. Un message important que saint Jean-Paul II reprendra. Il appellera  tous ceux qui étaient présents ici le 20 septembre 1996 :

 

- à approfondir et à transmettre l’héritage de la foi  ;

- à approfondir la Parole de Dieu ;

- à bâtir l’Eglise dans sa mission universelle ;

- à ce que les familles transmettent et défendent la vie sous toutes ses formes.

 

 

En venant à Sainte Anne d’Auray, saint Jean-Paul II a réactualisé le message reçu ici au début du 17e siècle.

 

 

Ainsi encore aujourd’hui, il nous est donné de prier Sainte Anne, la Grand-Mère, celle à qui l’on confie tout, celle qui écoute sans juger, avec une grande bienveillance, celle qui console, qui réconforte. Il lui est demandé de veiller sur nos familles, sur la fragilité de nos couples, sur nos enfants à la recherche de travail, sur nos petits-enfants qui ont perdu le chemin de la prière et de l’Eglise, sur le couple qui espère un enfant depuis des années, sur le grand-père qui est à l’hôpital...

 

Transmettre

Tel est sans doute le «  mot-clé » qui pourrait résumer tout le message de Sainte Anne d’Auray et tout ce qui se vit dans ce sanctuaire.

 

Transmettre nous vient du latin "Transmittere" : "déposer au delà".

Le mot dit : donner parce que j’ai reçu. Donner et recevoir ou plutôt : recevoir et donner, recevoir pour donner. On peut dire encore : « Héritiers et bâtisseurs » pour reprendre le thème de la journée de la venue de Jean-Paul II ici. On pourrait dire aussi :  « Héritiers et transmetteurs. »

 

Cela se vérifie tout de suite lorsque l’on arrive dans ce sanctuaire.

Toutes les statues, antérieures ou postérieures aux apparitions, montrent Anne et Marie avec, entre elles, « LE LIVRE », la Bible, la Parole de Dieu. Anne, la maman, transmet à sa fille Marie ce qu’elle a elle–même reçu, ce qui se transmettait depuis toujours de génération en génération, ce que la vie de chaque génération a apporté. Et c’est cela qui fait grandir, constitue le centre, la base, l’essentiel de l’enseignement, de l’éducation, l’essentiel de ce qui doit être dit, donné, transmis à nouveau pour que se perpétue tout ce qui fait que chaque génération a pu se constituer en étant fidèle à son passé, au message donné.

 

Cette transmission se manifeste encore davantage dans les « statues trinitaires » où sont représentées dans le même bloc Anne, Marie et Jésus et par la présence des deux vitraux représentant Emérence et Stolon, les arrières grands parents de Jésus. 4 générations sont ainsi représentées dans la basilique.

 

Tous les parents transmettent à leurs enfants les valeurs reçues dans leur propre éducation, y ajoutant  ce qu’ils vivent, ce qu’ils découvrent, et donnant ce qu’ils veulent transmettre avec les moyens, les méthodes, les manières de faire d’aujourd’hui, car si les valeurs essentielles restent les mêmes, les méthodes d’éducation et transmission évoluent, le dialogue, par exemple, ayant pris davantage de place aujourd’hui.

 

Transmettre, c’est éduquer ; éduquer, c’est vouloir faire grandir, épanouir, c’est refuser d’abandonner ce qui a fait la grandeur, la beauté, le bonheur des générations qui nous ont précédés.

 

Transmettre, c’est donner ce que l’on a reçu mais plus que cela encore, c’est aussi donner de soi-même, se donner car ce que l’on a reçu nous a façonné et ce que l’on transmet n’est pas extérieur à soi, c’est ce qui nous a constitué comme nous sommes. Ce que je vais transmettre n’est pas quelque chose qui m’est extérieur, comme une chose que l’on donnerait. Ce que j’ai reçu passe à travers moi pour être donné, donc m’a formé, transformé, enrichi. La transmission dit toujours quelque chose de la vie, même si c’est l’héritage d’un bien, car ce bien a été acquis ou agrandi du travail des générations précédentes. Ce que je transmets porte une part d’amour, car si je le transmets c’est que j’estime que c’est important pour ceux qui viennent après moi, je le fais donc par amour pour eux. A moins d’être pervers, je ne transmets pas ce qui peut faire du mal. Transmettre c’est vouloir le bonheur de ceux qui viennent après nous selon une échelle des valeurs que nous nous donnons.

 

Nous savons les problèmes de la famille aujourd’hui et les problèmes de l’éducation, les difficultés que connaissent les parents et les éducateurs pour donner ce qu’ils ont reçu. Nous savons les problèmes des jeunes générations qui semblent perdues parce qu’il leur manque une transmission sereine dans la fidélité. Où sont les points de repères ? Qu’elles sont  les références ? Qui dans la famille, dans l’institution, est témoin des valeurs du passé ?

 

Allons plus loin dans la réflexion :

Tout d’abord, quelques phrases de la Bible :

  • « Soyez féconds, multipliez-vous » (Gn – 1 : 28) Autrement dit : « Transmettez la vie. »
  • « Vous ferez cela en mémoire de moi. »
  • Et la phrase de Bernadette : « Je ne suis pas chargée de vous faire croire mais de vous le dire. »

Les parents transmettent naturellement des choses à faire (apprendre à manger) ou à ne pas faire (être violent). Il y a la transmission de l’ « obligatoire » et de « l’interdit », car il y va de la vie en société.

Transmettre fait partie de la nature humaine et pourtant il semble que cela ne soit pas toujours aussi simple.

 

Transmettre, mais quoi ? Ce que nous savons, ce que nous avons, ce que nous sommes, ce qui nous fait vivre ?

Celui qui veut transmettre a reçu, mais est-ce un reçu intellectuel, un savoir ou un savoir accompagné d’une vie ?

J’ai le désir de transmettre, mais quoi, comment, quand, où, par quels moyens ?

 

Les parents, les éducateurs ont le souci de transmettre des valeurs, celles qui pour eux seront nécessaires, indispensables pour que les enfants grandissent et puissent vivre heureux en basant tout sur ces valeurs. Ainsi chacun, chaque famille, chaque milieu social a son échelle des valeurs, avec des choses communes, de base, comme la politesse par exemple, pour que la vie en société soit possible. Il en va ainsi depuis toujours dans tous les temps et dans toutes les civilisations.

 

Mais les parents chrétiens ont également le souci de transmettre la foi et là nous sommes devant un domaine, ô combien difficile et même nous pourrions dire : mission impossible ! La foi est un don de Dieu, fait au baptême, elle n’est pas transmissible d’une manière automatique de parents à enfants, malgré tous les efforts, les meilleures manières de faire. Dieu seul donne la foi. Les parents, les éducateurs par contre peuvent et doivent créer les conditions pour que la foi reçue au baptême se développe, grandisse, s’épanouisse, mais la foi a un côté personnel et personne ne peut contraindre quelqu’un à croire. La liberté de chacun est en jeu, mais les conditions créées sont importantes pour que la foi se développe.

 

Dans le journal « La Croix de Jeudi 2 Octobre 2014 », ce mot de Mgr Carré, archevêque de Montpellier :

« Dans une société libérale qui n’a jamais autant été tournée vers l’individu, il faut accepter que la foi relève du choix de chacun et dune engagement libre. Ca ne marche pas à tous les coups. Les parents se sentent souvent coupables quand leurs enfants s’éloignent de Dieu. Pourtant, il n’y a pas de formule magique, c’est comme toute rencontre : s’y on ne s’y retrouve pas, on ne la cultive pas…… Contrairement à certains pays d’Asie, comme le Vietnam, les choses ne vont pas de soi dans le domaine de la foi. … La foi ne se transmet pas comme un colis, il n’y a pas de garantie possible.»

 

Benoit XVI disait ceci à Madrid : « Transmettre la foi à ses enfants, est une responsabilité que les parents ne peuvent oublier, négliger ou déléguer totalement.» Mais il disait aussi : « Bien que personne ne puisse répondre pour quelqu’un d’autre, les parents chrétiens sont cependant appelés à donner un témoignage crédible de leur foi et de leur espérance chrétiennes. »

 

Dans le catéchisme de l’Eglise Catholique : "La famille chrétienne est appelée Église domestique parce qu’elle manifeste et révèle la nature de l’Église comme famille de Dieu, qui est d’être communion et famille. Chacun de ses membres, selon son rôle propre, exerce le sacerdoce baptismal, contribuant à faire de la famille une communauté de grâce et de prière, une école de vertus humaines et chrétiennes, le lieu de la première annonce de la foi aux enfants…. "Comme une mère apprend à ses enfants à parler, et par-là même à comprendre et à communiquer, l’Église, notre Mère, nous apprend le langage de la foi pour nous introduire dans l’intelligence et la vie de la foi…. les parents, participants de la paternité divine, sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants et les premiers à leur annoncer la foi. Ils ont le devoir d’aimer et de respecter leurs enfants comme personnes et comme fils de Dieu... En particulier, ils ont pour mission de les éduquer à la foi chrétienne" 

 

Un mot de Gisèle Casadesus, comédienne : « Chaque année, à Noël, elle reçoit ses huit petits enfants, ses neuf arrières petits enfants et, depuis deux ans, un arrière, arrière petit fils : « Ils s’installent autour de moi et nous lisons le récit de la nativité. Chaque jour, je lis la Bible et je fréquente le temple des Batignolles (elle est protestante). »

 

Beaucoup d’entre vous pourraient dire cette façon de transmettre, mais ce n’est pas parce que les enfants connaissent le récit de la nativité qu’ils ont la foi. Ils savent mais l’acceptent-ils, le croient-ils, en vivent-ils ?

 

Transmettre est donc d’abord proposer, faire connaître, créer les conditions du développement mais comment ?

 

La connaissance, la lecture, l’enseignement, la catéchèse (ils ne savent plus rien !)

 

La vie de ce que je veux faire connaître.

Mais comment je le vis ? La transmission ne nécessite-t-elle pas un engagement à vivre au mieux ce que je désire transmettre ? Dans sa lettre aux familles, Jean-Paul II écrivait : « Les parents, à travers le témoignage de leur vie sont les premiers hérauts de l’Evangile auprès de leurs enfants. »

 

Comment je conforte en moi ce que je veux transmettre, sachant que la source n’est pas en moi ?

Quelle est ma part de réflexion, de formation, de prière, de fréquentation des sacrements, d’adoration. Quelle est ma vie de foi ? 

Comment être crédible si je ne vis pas ce que je veux transmettre ?

Et même si je le fais, je ne transmettrai pas la foi, je montrerai une manière de la vivre qui pourra interroger, mais pas la transmettre.

 

Nous faisons tout pour transmettre sachant que d’autres transmettent autre chose qui peut être contradictoire à ce que nous enseignons. Les jeunes sont soumis à des influences multiples qui peuvent ébranler ou démolir ce que nous voulons transmettre. Mais il nous faut transmettre, espérant que ce qui est dit fasse son chemin dans les cœurs et sera accepté et vécu et à nouveau transmis.

 

Chaque génération vit dans un monde qui évolue sans cesse. Cela semble beaucoup plus vrai depuis quelques dizaines d’années dans un monde dominé par une technologie qui semble faire changer sans cesse les manières de vivre.

 

Les progrès en tous domaines peuvent donner l’impression d’une instabilité de notre société et ainsi créer une perturbation dans la transmission. Au milieu des bouleversements, les parents doivent savoir garder l’essentiel, en faisant le tri s’il le faut, reconnaître ce qui les a fait grandir eux-mêmes, ce qu’il est nécessaire de garder pour le bien de leurs enfants.

 

Problème difficile que celui de la transmission. Mais on peut se demander si le problème est celui de la transmission ou celui de la réception ?  Ou les deux ? Que s’est-il passé il y a quelques dizaines d’années ? Il semble qu’il y ait eu une cassure, que depuis les choses ne se transmettent plus comme cela se faisait.

 

Les esprits et les cœurs ne semblent plus disposés à entendre et à recevoir ce qui est dit. On recherche des choses nouvelles par rapport à « avant ». Mais quoi ? Il semble qu’en même temps il y ait une déstabilisation des jeunes pour qui les nouveautés doivent se succéder dans un zapping de plus en plus rapide.

 

Comment faire dans un monde de plus en plus inquiet, de plus en plus informé et surinformé mais non formé, dans lequel il faut tout changer le plus vite possible, acheter des nouveautés (la publicité fait son effet), dans un monde où les sincérités successives remplacent les engagements à vie……

 

Mais il faut transmettre, c’est un devoir, il faut dire, ce qui nous fait vivre, ce qui nous fait espérer et si nous sommes chrétiens, il nous faut dire Jésus-Christ.

 

Tous les parents, tous les éducateurs ont à transmettre des valeurs, et ils le font mais les chrétiens ont par-dessus cela à dire Jésus-Christ. Nous avons sans doute trop voulu transmettre des valeurs et pas assez proclamer Jésus-Christ, pas seulement en le disant, mais en en vivant. C’est Jésus-Christ que nous devons faire connaître et de là découlera une manière de vivre. C’est d’abord une personne que nous devons faire connaître.

 

« Vivez l’espérance » avait dit ici Jean-Paul II le 20 Septembre 1996. Lorsque nous avons fait ce qu’il faut, nous ne devons jamais désespérer, nous avons fait notre devoir. Il peut y avoir une acceptation puis un rejet, mais ce qui a été semé n’est jamais perdu. Nous sommes ici, à sainte Anne, témoin de tant et tant de retours, de conversions.

 

Un mot de Jean Vanier qui répond à une dame qui se plaint :

«  Comme je vous comprends ! J’ai souvent observé cette situation, y compris dans ma propre famille. Vous dites que vos enfants n’ont plus la foi. Mais avez-vous pris le temps d’observer ce qui les anime au plus profond d’eux-mêmes ? Etes-vous en mesure d’identifier ce qui est beau en eux ? »

 

Puisse chacun de nous être « témoin », « relais », « maillon », « pour que les générations à venir Le connaissent » selon les mots de la devise de notre évêque, reprenant les mots du psaume 77.

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